Pourquoi pailler son jardin ? Les paillages que j’utilise

Par Romain Laurent, gérant des Jardins d’Henri

Lorsque j’aménage un jardin, l'une des premières recommandations que je fais à mes clients est simple : ne laissez jamais un sol nu. C’est sûrement la première règle du jardin que mon grand-père m’a enseignée.

Lors de nos balades en forêt, nous pouvons constater que le sol n'est pratiquement jamais exposé. Il est protégé par des feuilles mortes, des branches, des herbes ou d'autres matières organiques. Ce couvert naturel nourrit la vie du sol, limite l'évaporation de l'eau et protège les racines.

Au fil de nos chantiers, nous constatons que les jardins paillés demandent moins d'entretien, résistent mieux aux fortes chaleurs et offrent une croissance plus régulière des végétaux.

Le paillage n'est donc pas seulement une finition esthétique : c'est une méthode simple, durable et particulièrement efficace pour améliorer la santé de votre jardin.

Le paillage est devenu une pratique incontournable pour créer un jardin à la fois esthétique, durable et facile à entretenir. Pourtant, beaucoup de clients me demandent encore d’aérer le sol en bêchant les massifs alors que le paillage remplace avec beaucoup de bénéfice cette action !

Paillage de bois au pied de jeunes plantations

Mon retour d’expérience sur le paillage de bois BRF : conseil de paysagiste

En se décomposant, le paillage de bois nourrit le sol et favorise le développement des vers de terre, véritables alliés du jardinier. Ces derniers aèrent naturellement la terre, améliorent sa structure et facilitent la circulation de l'eau et de l'air. Un sol vivant et équilibré abrite suffisamment de vers de terre pour effectuer, à eux seuls, l'équivalent de cinq bêchages par an.

Après de nombreuses années d'observation, d'études et d'expérience, j'ai compris que la meilleure façon de nourrir le sol est de le faire par le dessus, comme le fait la nature en forêt.

Plutôt que de retourner la terre, il suffit de laisser les organismes vivants accomplir leur travail. Concrètement, on dépose une couche de compost de 3 cm sur toute la surface du massif lors de la plantation (nourriture immédiate), puis un paillage de bois BRF qui protège le sol, nourrit les micro-organismes et permet aux vers de terre de décomposer et de mélanger naturellement les différentes couches sur 3 ans (nourriture sur la durée).

Concrètement, je ne bêche plus mon sol car en nourrissant mon sol, la nature travaille à ma place.

N’hésitez pas à lire la suite de l’article pour mieux comprendre le sujet

Retour d’expérience de Romain LAURENT, gérant de l’entreprise Les jardins d’Henri, sur le sujet du paillage de bois BRF

Quels sont les paillages que j’utilise ?

Lors de la création d’un nouveau massif, avec des plantations récentes qui bousculent généralement l’équilibre de notre sol, je recommande du paillage de bois de type BRF (bois raméal fragmenté) qui va se décomposer plus vite et donc apporter plus rapidement de la matière à votre sol et donc vos plantes.

Pour un massif stabilisé (plus de 3 ans), vous pouvez opter pour une solution de paillage plus esthétique et durable comme par exemple de la plaquette de bois. Le paillage se décompose moins vite car il est plus épais et offrira donc une plus longue protection du sol (contre les mauvaises herbes, évaporation d’eau).

Au fil du temps, le paillage de bois peut être remplacé par un tapis de plantes couvre sol. Pensez à préparer la suite de votre paillage dès la création du massif. Le temps que le paillage de bois se décompose, les plantes couvre sol prendront le relais (environ 3 ans pour 5 pieds/m²).

  • Helxine pour les expositions Nord ombragées avec un sol frais/humide
  • Saxifrages pour les expositions Est
  • Sedum, thym serpolet pour les expositions Sud et Ouest

Le paillage minéral associé à un géotextile répond avant tout à un besoin esthétique. Attention à son emploi, il faut être raisonnable car les chaleurs de l’été suivant vous feront regretter votre choix ! Les galets, cailloux, roches gardent et augmentent la température. L’emploi raisonné fera du bien dans le budget du projet, la fourniture et la mise en œuvre sont bien plus chères que le paillage de bois.

Massif bordé de traverses en bois au bord de la pelouse
Massif bordé de traverses en bois autour d'un olivier, terre à nu

Pourquoi un sol nu est-il un problème ?

Un sol nu est directement exposé au soleil, au vent et à la pluie. Il sèche plus vite, subit davantage les variations de température et peut former une croûte en surface sous l’effet des fortes pluies. L’eau pénètre alors moins facilement dans la terre et ruisselle, emportant parfois une partie du sol.

Sans couverture organique, les vers de terre et les micro-organismes trouvent aussi moins de nourriture et de protection. Les mauvaises herbes profitent alors de l’espace disponible pour s’installer.

Mon retour d’expérience : un sol nu devient progressivement plus pauvre et demande davantage d'arrosage, d'engrais et d'entretien. Alors dès la plantation, je pense à l’évolution dans le temps des plantes. J’installe des plantes couvre-sol adaptées selon l’exposition. En se développant, elles prennent progressivement le relais du paillage de bois (indispensable lors d’une création de massif). Mon objectif reste le même : garder un sol couvert et vivant, tout en réduisant l’entretien du jardin.

Les 10 principaux avantages du paillage

1

Réduire les arrosages

Le paillage limite fortement l'évaporation de l'eau.

Une couche de 5 à 8 cm de broyat de bois permet de conserver la fraîcheur du sol pendant plusieurs jours supplémentaires.

Lors des épisodes de chaleur, cette réserve d'humidité fait une réelle différence.

2

Limiter les mauvaises herbes

Les adventices ont besoin de lumière pour germer.

Le paillage forme une barrière naturelle qui réduit considérablement leur développement.

Le résultat est immédiat : moins de désherbage et davantage de temps pour profiter du jardin.

3

Nourrir naturellement le sol

Contrairement à un paillage minéral, le bois se décompose lentement.

Cette décomposition produit de l'humus, améliore la structure du sol et nourrit toute la biodiversité souterraine.

Le jardin devient progressivement plus fertile sans apport de terreau ou engrais.

4

Favoriser les mycorhizes

Sous le paillage, le sol reste humide et vivant.

Ces conditions favorisent le développement des mycorhizes.

Ces champignons microscopiques vivent en symbiose avec les racines des plantes.

Ils augmentent considérablement la surface d'absorption des racines.

En échange des sucres produits par la plante, ils lui fournissent davantage d'eau et de nutriments.

C'est l'une des raisons pour lesquelles les végétaux installés dans un sol vivant deviennent plus résistants aux périodes de sécheresse.

Nous consacrerons prochainement un article complet aux mycorhizes tant leur rôle est essentiel.

5

Améliorer la structure du sol

Les vers de terre adorent les matières organiques.

En consommant progressivement le bois en décomposition, ils fabriquent des galeries qui aèrent naturellement le sol.

Cette activité facilite l'infiltration de l'eau et le développement des racines.

6

Protéger les racines

En été, le paillage agit comme un isolant contre les fortes températures.

En hiver, il protège les racines des alternances de gel et de dégel.

Les végétaux subissent moins de stress au fil des saisons.

7

Préserver la biodiversité

Un sol vivant accueille une multitude d'organismes utiles :

  • les vers de terre
  • les bactéries
  • les champignons
  • de nombreux insectes décomposeurs

Tous participent au recyclage naturel de la matière organique.

8

Limiter l’érosion

Lors des fortes pluies, le paillage amortit l'impact des gouttes d'eau.

Le sol reste en place et se tasse moins.

C'est particulièrement intéressant dans les jardins en pente.

9

Valoriser les déchets verts

Le broyat utilisé pour le paillage provient souvent des tailles d'arbres et d'arbustes.

Au lieu d'être évacués, ces végétaux retournent au jardin où ils deviennent une ressource précieuse.

C'est un exemple concret d'économie circulaire appliquée au paysage.

10

Embellir le jardin

Un massif paillé est finalement rentré dans les mœurs, il est devenu une partie intégrante de la décoration de nos jardins.

Quel paillage choisir ?

Le choix dépend principalement des plantations.

Le bois raméal fragmenté (BRF) convient particulièrement aux jeunes plantations et aux massifs.

Les copeaux de bois offrent une excellente durée de vie.

L'important reste de privilégier des matériaux organiques qui enrichiront progressivement le sol.

Les erreurs les plus fréquentes

Déposer une couche trop fine

Moins de 3 cm, le paillage devient peu efficace.

Nous recommandons généralement entre 5 et 8 cm selon le matériau.

Coller le paillage contre le tronc

Le collet doit toujours rester dégagé afin d'éviter les risques de pourriture.

Quelques centimètres d'espace suffisent.

Utiliser un bois traité

Le paillage doit provenir de végétaux naturels.

Les bois traités ou peints n'ont pas leur place dans un jardin.

Oublier de désherber avant

Le paillage n'élimine pas les mauvaises herbes déjà présentes.

Une préparation soignée du terrain garantit un résultat durable.

Ce que nous observons sur le terrain

L'un des changements les plus marquants concerne les jardins installés depuis plusieurs années.

Lorsque nous remplaçons un sol nu par un paillage de bois, les effets ne sont pas toujours spectaculaires au bout de quelques semaines. En revanche, après une ou deux saisons, la différence devient évidente.

Les plantes supportent mieux les périodes chaudes, les massifs restent frais plus longtemps et le temps consacré au désherbage diminue nettement.

Nous remarquons également que les sols deviennent plus souples. En grattant légèrement sous le paillage, on découvre rapidement des vers de terre, des filaments de champignons et une terre plus sombre, signe d'une activité biologique en pleine reprise.

C'est précisément cette évolution qui nous convainc, chantier après chantier, que le paillage fait partie des meilleurs investissements pour la santé durable d'un jardin.

Massif fourni de vivaces et d'arbustes au pied de palmiers, en bordure d'une allée pavée

FAQ

Faut-il enlever le paillage chaque année ?

Non. Le paillage organique se décompose progressivement. Il suffit généralement d'en rajouter une fine couche lorsque son épaisseur diminue.

Peut-on pailler toutes les plantations ?

Oui, à quelques exceptions près. Les plantes méditerranéennes ou celles qui apprécient un sol très sec peuvent nécessiter un paillage plus léger et très drainant.

Quelle est la meilleure période pour pailler ?

Le printemps et l'automne sont les périodes idéales. Le sol est encore humide et les températures sont modérées.

Le paillage remplace-t-il les engrais ?

En se décomposant, votre paillage va apporter de la matière organique, du terreau à votre sol. Cette matière sera utilisée sur le long terme par vos plantes.

En conclusion

Pailler son jardin, c'est imiter le fonctionnement de la nature.

En protégeant le sol, vous favorisez une meilleure gestion de l'eau, stimulez la vie souterraine, réduisez le désherbage et améliorez durablement la santé de vos plantations.

C'est un geste simple, accessible à tous, dont les bénéfices se renforcent année après année.

Massif fourni de vivaces et d'arbustes au pied d'un palmier, le long d'une clôture en châtaignier

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