Les mycorhizes : les alliées invisibles qui rendent vos plantes plus fortes

Par Romain Laurent, gérant des Jardins d’Henri

Lorsque nous parlons d'un beau jardin, nous évoquons souvent les arbres, les fleurs ou les pelouses. Pourtant, le véritable moteur de leur croissance se trouve sous nos pieds.

Dans chaque poignée de terre vivante se cache un immense réseau de champignons microscopiques appelés mycorhizes. Invisibles à l'œil nu, ils jouent pourtant un rôle fondamental dans le développement des végétaux.

Au fil de nos réalisations paysagères, nous avons appris qu'un jardin ne se résume pas à ce qui se voit. Un sol riche en vie biologique produit généralement des plantes plus vigoureuses, plus résistantes aux maladies et bien moins gourmandes en eau.

Les mycorhizes sont l'un des piliers de cet équilibre naturel.

Massif paillé de bois le long d'une allée en lames de bois

Mon retour d’expérience sur les mycorhizes : conseil de paysagiste

Après 8 ans d’expérimentations, j’ai pu remarquer que l’installation d’un biotope de mycorhizes suite à la mise en place du paillage BRF de bois prend environ une année complète (je recommande du mulch de paillage BRF, plus fin, il se décompose plus rapidement et accélère l’effet donc l’arrivée des champignons). L’effet après un an est clairement visible sur les plantes, on peut observer un gain de croissance racinaire & foliaire. La réduction des maladies et des besoins en eau intervient, quant à elle, à partir de la troisième année en corrélation avec le développement des plantes (notamment à maturité pour la majorité des vivaces)

Les erreurs récurrentes chez mes clients : Enlever le vieux paillage lors de la mise en place du nouveau. Non ! Vous enlevez toutes les mycorhizes et stoppez le cycle de décomposition et donc d’apport dans votre sol.

N’hésitez pas à lire la suite de l’article pour mieux comprendre le sujet

Retour d’expérience de Romain LAURENT, gérant de l’entreprise Les jardins d’Henri, sur le sujet des mycorhizes

Que sont les mycorhizes ?

Le mot mycorhize vient du grec myco (champignon) et rhiza (racine).

Il désigne l'association naturelle entre un champignon du sol et les racines d'une plante.

Cette relation est dite symbiotique, c'est-à-dire que chacun y trouve un avantage.

La plante produit des sucres grâce à la photosynthèse et en fournit une partie au champignon.

En échange, le champignon aide la plante à trouver davantage d'eau et de nutriments dans le sol.

Cette collaboration existe depuis plus de 400 millions d'années et concerne près de 90 % des espèces végétales terrestres.

Autrement dit, la majorité des plantes que nous installons dans les jardins vivent naturellement avec des mycorhizes.

Un véritable réseau souterrain

Les champignons développent des filaments extrêmement fins appelés hyphes.

Ces filaments parcourent le sol dans toutes les directions.

Leur diamètre est bien inférieur à celui des racines.

Ils peuvent donc explorer des espaces inaccessibles aux végétaux.

On compare souvent ce réseau à une extension du système racinaire.

Dans certains cas, la surface d'exploration d'une plante peut être multipliée par plusieurs dizaines grâce aux mycorhizes.

C'est comme si les racines disposaient soudainement de milliers de nouveaux capteurs capables d'aller chercher l'eau et les éléments nutritifs beaucoup plus loin.

Massif de vivaces et d'arbustes le long d'une clôture en châtaignier, sous les palmiers et un bananier

Pourquoi les mycorhizes sont-elles si importantes ?

Une meilleure absorption de l'eau

Les filaments du champignon captent l'humidité présente dans les plus petits pores du sol.

Lors des périodes de sécheresse, cette réserve supplémentaire peut faire toute la différence.

C'est l'une des raisons pour lesquelles les plantes installées dans un sol vivant résistent généralement mieux aux fortes chaleurs.

Nous observons régulièrement ce phénomène sur des massifs paillés depuis plusieurs années.

Alors que les sols nus sèchent rapidement, les plantations implantées dans un sol riche en matière organique conservent une meilleure vigueur.

Une meilleure nutrition

Les plantes ont besoin de nombreux éléments pour grandir :

  • phosphore
  • potassium
  • azote
  • calcium
  • magnésium
  • oligoéléments

Les mycorhizes facilitent l'accès à ces nutriments.

Le phosphore, souvent difficile à absorber, devient beaucoup plus disponible grâce à leur action.

Résultat : des végétaux plus robustes et une croissance plus régulière.

Une meilleure résistance aux maladies

Les mycorhizes occupent une partie de l'espace autour des racines.

Cette présence limite parfois l'installation de certains champignons pathogènes.

De plus, une plante bien nourrie développe naturellement de meilleures défenses.

Il ne s'agit pas d'une protection absolue, mais d'un facteur supplémentaire de résilience.

Une meilleure reprise après plantation

Lorsque nous plantons un arbre ou un arbuste, les racines subissent toujours un stress.

Un sol riche en vie biologique favorise leur recolonisation rapide par les mycorhizes.

Les jeunes plantations s'installent alors plus facilement.

C'est particulièrement visible sur les plantations réalisées à l'automne, lorsque le sol reste encore chaud.

Massif paillé de bois le long d'une clôture en châtaignier

Les mycorhizes et le paillage : un duo gagnant

Nous recommandons très souvent le paillage de bois après une plantation.

Pourquoi ?

Parce qu'il crée les conditions idéales au développement des champignons :

  • humidité plus stable
  • température plus régulière
  • apport progressif de matière organique
  • protection contre le dessèchement
  1. Au fil du temps, le bois se décompose.
  2. Les champignons s'en nourrissent.
  3. La vie du sol s'intensifie.
  4. Les mycorhizes se développent naturellement.

C'est pourquoi nous considérons le paillage comme un investissement à long terme pour la santé du jardin.

Les ennemis des mycorhizes

Certaines pratiques limitent fortement leur développement.

Un travail du sol trop fréquent

Le bêchage profond détruit une partie des réseaux de champignons.

C'est un peu comme si l'on coupait les connexions d'un immense réseau souterrain.

Les sols constamment nus

Sans matière organique, les champignons disposent de moins de ressources.

Leur activité diminue progressivement.

Les périodes de sécheresse extrême

Comme tout organisme vivant, les champignons souffrent lorsque le sol reste sec pendant une longue période.

Le paillage limite justement ces variations.

Comment favoriser naturellement les mycorhizes ?

Bonne nouvelle : il n'est généralement pas nécessaire d'acheter des produits spécifiques.

Dans un jardin bien entretenu, les mycorhizes finissent souvent par revenir d'elles-mêmes.

Nous privilégions plusieurs pratiques simples :

  • conserver un paillage organique
  • apporter du compost mûr
  • limiter le travail du sol
  • éviter les traitements inutiles
  • maintenir une couverture végétale autant que possible.

Ces gestes favorisent progressivement toute la biodiversité souterraine.

Massif bordé de traverses en bois, terre à nu, devant un abri de jardin

Ce que nous observons sur le terrain

Au cours des premières années d'activité, nous pensions surtout en termes de plantations : choisir les bonnes essences, respecter les distances, arroser correctement.

Avec l'expérience, notre regard a changé.

Nous avons constaté que deux jardins plantés avec les mêmes végétaux pouvaient évoluer de façon très différente.

Dans les jardins où le sol était protégé, enrichi en matière organique et peu travaillé, les plantations développaient un feuillage plus dense, une meilleure croissance et supportaient davantage les épisodes de sécheresse.

À l'inverse, les sols compactés, régulièrement retournés ou laissés nus demandaient plus d'entretien, davantage d'arrosage et les plantes semblaient plus sensibles au stress.

Cette différence ne s'explique pas uniquement par les mycorhizes, mais elles font incontestablement partie de cet équilibre biologique qui rend un jardin plus résilient au fil des années.

« Il faut acheter des mycorhizes pour toutes les plantations. »

Pas forcément.

Dans un sol vivant, les champignons sont souvent déjà présents. Les inoculants peuvent être utiles dans certains contextes (sols très dégradés, cultures spécifiques, plantations en substrat), mais ils ne compensent pas un sol pauvre en matière organique ou des pratiques défavorables.

« Les champignons sont mauvais pour les plantes. »

La grande majorité des champignons présents dans un sol équilibré sont utiles. Beaucoup participent au recyclage de la matière organique et aux échanges avec les racines.

FAQ

Toutes les plantes vivent-elles avec des mycorhizes ?

La plupart oui. Certaines familles de plantes, comme les Brassicacées (choux, moutarde, radis), développent peu ou pas de mycorhizes.

Peut-on voir les mycorhizes ?

Non. Elles sont microscopiques. En revanche, la présence de nombreux filaments blancs dans un paillage en décomposition est souvent le signe d'une activité fongique bénéfique.

Les copeaux de bois favorisent-ils les mycorhizes ?

Oui. En se décomposant, ils créent un environnement favorable au développement des champignons et de l'ensemble de la vie du sol.

Les mycorhizes sont-elles utiles pour les arbres fruitiers ?

Oui. Elles contribuent à une meilleure exploration du sol, facilitent l'absorption de l'eau et de certains nutriments, et peuvent améliorer la reprise des jeunes arbres.

En conclusion

Les mycorhizes nous rappellent une réalité souvent oubliée : la réussite d'un jardin ne dépend pas uniquement des plantes que l'on voit, mais aussi de la richesse de la vie qui se développe sous la surface.

En protégeant le sol, en apportant de la matière organique et en limitant les perturbations inutiles, vous encouragez ces alliées invisibles à travailler pour vos plantations.

Un jardin vivant est un jardin plus autonome, plus résistant et plus durable. C'est cette approche que nous privilégions dans chacun de nos aménagements, afin de créer des espaces extérieurs qui s'embellissent avec le temps plutôt que de s'épuiser.

Vous souhaitez créer un jardin durable et respectueux de son environnement ?

Nous concevons des jardins où la qualité du sol est considérée comme la base de chaque projet. Choix des végétaux, amélioration du sol, paillage organique et pratiques d'entretien raisonnées : chaque intervention vise à favoriser un équilibre naturel, pour des plantations en bonne santé et un jardin agréable à vivre pendant de nombreuses années.

Massif paillé de bois le long d'une clôture en châtaignier

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